Bienvenue
Ce n’est pas le parcours du combattant mais, il faut quand même être très vigilant si l’on ne veut pas se fracasser les os, plus bas sur la place centrale. Les talons aiguilles et semelles de cuir glissant ne sont pas des plus pratiques pour marcher sur cette ancienne voie empierrée et tellement pentue qu’il fallut, depuis des siècles, y planter une robuste rambarde de fer forgé en son milieu. Chacun peut s’y agripper, l’empoigner bien fort de peur de « rouler bouler », de riper sur ces énormes galets lissés par les millions de passagers. Cette rue s’appelle la rue du Tertre de la Tente et tous les Saintémilionnais la connaissent bien pour être la plus « casse-gueule » du village. Certains «galoupiaux» s’amusent même à regarder la tête éberluée des touristes découvrant l’épreuve en essayant de garder l’équilibre, tels des alpinistes ou des funambules pour tenter de ne pas s’étaler sous les quolibets et dévaler la ruelle sur le cul. Heureusement qu’il y a à mi-chemin cette charmante placette du Marché au Bois qui, l’instant d’une pause, accueille le piéton pour une étape bien méritée, histoire de retrouver son souffle et un rythme cardiaque acceptable. Cela tombe bien (si je puis dire !) car, à cet endroit, celui où je vous amène, mérite bien ces petits efforts d’équilibristes. C’est un restaurant et il suffit de passer de l’autre coté de la rue pour pénétrer dans « La Côte Braisée »...
Ne vous y méprenez pas, la quincaillerie Domenech ferme  rue Montesquieu, mais vous retrouverez  tous ses produits, ses services et son personnel compétent dans les locaux de Sanit-Service à Libourne. Ce fut une décision qu’il fallait prendre  et, lorsque Bertrand Réau, le gérant de ces entreprises en décidant de recentrer ses activités sous la même enseigne et dans le même lieu, ce n’est pas sans une certaine nostalgie qu’il tira le rideau de fer du magasin. Car, cet imposant bâtiment, partie du patrimoine d’entreprises locales est chargé d’histoire. Déjà, au début du siècle dernier, dans les années 1900, c’est « Aux Forges de Vulcain » qui s’étale sur les façades des deux maisons en vis-à-vis de la rue Montesquieu, la fierté de la famille Froidefont. Spécialisé dans la quincaille, les fournitures agricoles et viticoles la serrurerie et les coffres forts garantis incombustibles et imperforables. Si peu ! Pour l’anecdote, cette spécialité valait d’ailleurs la fierté de son propriétaire qui, pratiquant déjà la réclame, prétendait qu’après un terrible incendie en 1904 des Galeries du Comptoir de Libourne, rue Gambetta, deux de ses coffres se trouvant au milieu du brasier, n’avait pas était endommagé, que les serrures fonctionnaient parfaitement et le contenu était intacte...
- Bien le bonjour Madame Lisette. Que me racontez-vous en cette veille de fêtes?

- Bonjour Monsieur le Journalis’. Je raconte que j’y pige plus grand-chose dans ces fêtes et jours fériés. Je raconte que bientôt, avec toutes ces traditions venues des States et de l’étranger, on y comprendra plus que dal, qui est qui et qui fait quoi. A en perdre son latin. Il y a un mois,  c’était le défilé des mouflets habillés en sorcières, diablotins et monstres de Frankenstein qui tambourinaient aux portes en réclamant des bonbons en vous promettant des damnations aux enfers et mauvais augures s’ils n’en recevaient pas, à croire que plus personne ne sait à quoi correspond la Toussaint et la fête des morts. Que, même pour Halloween c’est les morts vivants qui font la fête, tout est tellement embrouillé que, j’en suis sûre, certains pourraient porter des citrouilles sur les tombes à la place des chrysanthèmes et faire des farandoles dans les cimetières comme au Mexique avec des costumes d’«esquelettes»! Un grand n’importe quoi. C’est certainement ça la mixité, le brassage des cultures. Moi, je suis pas contre mais, au risque de passer pour trop conservatrice et traditionnaliste, j’aimerais autant que l’on explique à nos enfants les vraies raisons de nos journées fériées. Déjà que le petit Jésus à cédé sa place au Père Noël, à Santa Claus, aux Saints Nicolas (pas le petit !) et Pères Fouettards  depuis belle lurette, si maintenant on remplace nos oies de Noël par la dinde de Thanksgiving des yankees, notre champagne par la bière en pinte de Saint Patrick, le Beaujolais nouveau par le saké du nouvel an chinois, on n’est pas sortie de la crèche mon Pôv’ Môssieu…


Vous êtes le 76109 ème visiteurs